L'abbé Pierre, l'un des pères de la charité contemporaine, est une personnalité extrêmement populaire jusqu'à nos jours. En 1949, il fonda l'association Emmaüs, qui construisit des abris provisoires pour les sans-logis. Il était député. Il prenait régulièrement position en faveur des pauvres avec une liberté de ton et de pensée qui frappe et touche les Français même aujourd'hui. Journaliste: Vous êtes surtout connu pour votre action en 1954. Que s'est-il passé cette année-là? Abbé Pierre: Cette année-là, le froid a été terrible. Il faisait -20 °C à Paris. Vous savez, après la guerre, on manquait de logements, beaucoup de gens vivaient dans les rues. Et tous ces gens qui souffraient, on ne les entendait pas. Or, moi, je pouvais parler. J'étais déjà un peu connu, parce que j'étais député. Alors, quand un bébé est mort de froid, puis une femme, j'ai essayé d'obtenir de l'aide, d'ouvrir les yeux de nos ministres. Journaliste: Comment pouviez-vous imaginer soulager la misère du monde à vous tout seul? Abbé Pierre: Je n'étais pas seul justement. Depuis quatre ans, j'avais autour de moi des compagnons, tous plus ou moins clochards ou sortis de prison. Tous ensemble, nous essayions de loger des sans-abri. Voyez comme la situation était invraisemblable: c'étaient des gens pauvres et misérables qui donnaient toutes leurs forces pour soulager des plus pauvres qu'eux. Journaliste: Comment avez-vous commencé? Abbé Pierre: Au début, j'accueillais, dans ma propre maison, les familles sans-abri qui venaient me trouver. Mais, bientôt, ma maison n'a plus suffi. Je vous l'ai dit, j'étaisdéputé, alors j'avais assez d'argent pour acheter un terrain, près de là. J'ai commencé à construire une maison, puis deux, trois. Les familles arrivaient de partout, c'était fou! puis Sur le terrain, on m'avait permis de construire un logement de quatre pièces. En fait, j'en ai construit sept, ce qui était tout à fait illégal. Journaliste: Que s'est-il passé ensuite? Abbé Pierre: Un jour, on m'a appelé: «Au secours, vite, un homme a essayé de se suicider!» venez L'homme n'était pas mort. Il revenait du bagne, où il avait passé vingt ans parce qu'il avait tué son père, non pas par intérêt, mais au cours d'une scène de famille dramatique. Il avait été libéré du bagne parce qu'il avait sauvé quelqu'un dans un incendie. Mais, à son retour, sa famille ne voulait pas le voir. Alors, il a voulu mourir. Journaliste: Que pouviez-vous lui dire, à ce moment-là? Abbé Pierre: Je lui ai dit: «Georges, tout ce que tu me racontes est épouvantable. Tu es horriblement malheureux, mais je ne peux rien pour toi. Toi, en revanche, puisque tu veux mourir, c'est que rien ne te retient. Regarde comme je suis fatigué, comme les gens sont malheureux d'attendre une maison. Avant de te tuer, viens me donner un coup de main, pour ces mamans qui pleurent.» La figure de Georges a changé! Journaliste: Et alors? Abbé Pierre: Je ne me doutais pas de la fantastique puissance de ce que je faisais à ce moment-là. Je n'avais aucune idée de la force explosive que ça allait avoir. Si j'avais été un moraliste, un donneur de conseils, si je lui avais dit «mon ami, fais ci, fais ça», il n'aurait rien fait du tout, il était beaucoup trop détruit. Il ne pouvait faire quelque chose que si je lui disais: «Si tu veux, faisons, faisons ensemble.» Ce jour-là est née la première «communauté d'Emmaüs». Journaliste: De quoi viviez-vous? Abbé Pierre: J'ai quitté le Parlement, et, du jour au lendemain, nous n'avons plus eu un sou. Comment dire aux gens:«Allez à l'asile», et aux familles: «Nous ne finirons pas vos maisons»? Alors j'ai mendié, à Neuilly, de quoi manger. Quand les compagnons l'ont su, ils se sont mis en colère. «Quand c'est nous, vous vous fâchez, et vous, vous le faites!» Ils m'ont alors appris qu'en faisant consciencieusement un travail de récupération de vieux objets, de vieux vêtements, on pouvait vivre et même aider les autres. Journaliste: Que pouvez-vous dire aux jeunes qui ont 15-17 ans aujourd'hui? Abbé Pierre: Ce qu'il faut leur dire, c'est que les événements du monde sont en train de façonner un homme nouveau. C'est la première fois que les hommes sont condamnés à «tout savoir». On ne pourra plus jamais dire: «Nous ne savions pas.» Si on tue des étudiants à Pékin, le jour même nous le savons. Nous l'entendons à la radio, nous le voyons à la télévision. Il est donc impossible de prétendre que l'on ne sait pas. On sait la violence, on sait la misère, l'injustice. Les jeunes d'aujourd'hui doivent avoir comme seule ambition d'inventer d'autres formes de partage. Alors, on pourra les envier d'avoir 15 ans aujourd'hui. D'après la presse française сделать задания с помощью текста:2. Reformulez les phrases ci-dessous. Employez le lexique de l'interview. 1. La température baissait jusqu'à 20 degrés au-dessous du zéro. 2. Il n'y avait pas assez de logements après la guerre à París. 3. Les gens avaient beaucoup de malheurs. 4. J'ai essayé d'avoir de l'aide de nos ministres. 5. Beaucoup de gens vivaient dans une grande pauvreté.6. J'ai voulu débarrasser les misérables d'une partie de leur malheur. 7. Un homme s'est tué volontairement. 8. Le lieu où autrefois étaient emprisonnés les criminels condamnés aux travaux forcés s'appelle … 9. C'est terrible! 3. Même devoir. 1. Avant de te tuer, viens m'aider! 2. Le visage de Georges a changé. 3. Je n'imaginais pas la fantastique puissance de ce que je faisais. 4. Nous n'avons plus d'argent. 6. Les compagnons se sont irrités. 5. Un vieux demandait de l'argent en tendant la main. vieux vêtements qu'on leur prêtait. 7. L'abbé Pierre et ses compagnons rassemblaient de 8. Les événements du monde sont en train de créer homme nouveau. un 9. Les hommes sont obligés de «tout savoir». l'absence de la justice. 10. Aujourd'hui, on sait la brutalité, la grande pauvreté, 11. On souhaiterait être à la place des jeunes d'aujourd'hui. 4. Questionnaire. 1. Qui est l'abbé Pierre? 2. Qu'a-t-il fait? 3. Par quoi a-t-il commencé? 4. De quelle façon a-t-il aidé Georges? 5. Quelles difficultés a-t-il eues? (A quelles difficultés a-t-il survécu?) 6. A qui s'adresse-t-il? 7. Comment comprenez-vous la dernière phrase de l'inter- view? A vous de donner les commentaires.
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05 февраля 2025 04:52
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